29 février 2008
Les Absences d'Aphrodite
EMOTION 7
« Mon amour pour toi s’est endormi. »
A quoi ça ressemble, ça ?
Un amour à contretemps qui entre en hibernation quand l’été approche ?
Un amour plantigrade qui, au bout de quelques mois à peine, et encore par intermittence, flanche et, fatigué plus que de raison, a besoin d’une bonne sieste ?
Un amour de pacotille, un amour dont l’éclat factice ternit dès après la transaction ?
Un amour-verroterie, un amour faux-monnayeur,
composé pour berner l'indigène innocente, trop crédule ?
Un amour de peu de foi, un amour sans panache, un amour qui a ses vapeurs ?
Un amour lâche, un amour qui tente de s’éclipser sans faire bruit, sans se faire remarquer,
comme on quitte le bal par la petite porte ?

Et lui, à quoi pensait-il ?
Qu’il y avait peut-être une chance de cette façon qu’elle ne comprenne pas ?
Ou bien « je ne t’aime plus », c’était juste trop simple, trop cru ?
Qu’il était de bon ton, eu égard à son jeune âge, de la ménager, d’employer une formule édulcorée ?
Il se croyait malin, créatif,
il tentait de créer l’aspartame de la rupture,
celui qu’on peut ingérer sans risque,
celui qui ne laisse pas de trace,
celui qu’on consomme et qui ne pèse pas,
celui dont le corps ne garde aucune mémoire ?
« Mon amour pour toi s’est endormi. »
C’était insultant, humiliant.
C’était injuste.
Elle était furieuse, en colère, hors d’elle.
Elle tremblait.
Elle avait la chair de poule.
Elle avait froid en plein soleil.
Elle était seule au monde.
ViV
Tableau : Ophélie (1852 - Tate Gallery - Londres) par John Everett Millais (1829 - 1896)
11:55 Publié dans Réminiscences | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, écriture, émotion, livre, intime, amour, ViV



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