22 juillet 2008
Aleph
EMOTION 7
J’ai vu « le lieu où se trouvent, sans se confondre, tous les lieux de l’univers (...). »

J’ai vu la particule qui n’a plus de matière et que l’on nomme poussière,
j’ai vu Marie en sa petite robe de fête,
j’ai vu l’horizon déchiqueté dans les crocs des vautours,
j’ai vu le pourpre ruisseler du cœur de la cicatrice,
j’ai vu la puissance et la gloire,
j’ai vu la douceur de ton con,
j’ai vu la foudre originelle,
j’ai vu la pulpe de mes dents,
j’ai vu le camélia éclore dans les décombres.
J’ai vu notre enfant qui ne naîtra pas,
j’ai vu la sève palpiter en chaque chose,
j’ai vu le bourreau ficher sa hache dans ma nuque,
j’ai vu les viscères nacrées du frère sans sépulture,
j’ai vu la vierge en son bûcher,
j’ai vu leurs ongles dans les murs.
J’ai vu Franz arracher une à une les pattes des libellules,
j’ai vu l’or de l’ignorant,
j’ai vu la perle de sang au museau de la musaraigne,
j’ai vu le sang des victimes désaltérer la terre trop aride,
j’ai vu la proie équarrir le prédateur.
J’ai vu le cristal de ton rire empoisonner mon sang,
j’ai vu le silence des ancêtres,
j’ai vu la mère étrangler ses enfants,
j’ai vu hennir les ouragans,
j’ai vu la procession appliquée des fourmis.
J’ai vu l’ordre dans le néant,
j’ai vu la mélancolie des pierres.
J’ai vu le crépuscule des Dieux.
J’ai vu l’aurore aux doigts de fées.
Je vois la mort me sourire de son infinie tendresse.
ViV
Citation initiale extraite de L'Aleph de Jorge Luis Borges
11:55 Publié dans Réminiscences | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, écriture, écrire, livre, création, poésie, ViV


