05 avril 2008

Tentative de Jalousie

Comment ça va la vie avec une autre,
Plus simple n'est-ce pas ? - Rames, claquez!
S'est-il vite, le profil de la côte,
Le souvenir, s'est-il vite masqué.

De moi, de moi, île désamarrée ?
(Voguant de par le ciel, non sur les flots!)
Ames! Jamais amantes ne serez!
Sœurs vous serez! Sœurs : vous! C'est votre lot!

Comment ça va la vie près d'une femme
Simple ? C'est comment sans divinités ?
Votre souveraine, prince profane,
Détrônâtes (ledit trône quitté),

da9ddba9a94e7ddd49e53f630e489a8b.jpgComment ça va la vie, les froissis d'ailes,
Les tracas ? Le lever, comment se passe ?
Pauvre créditaire de l'immortelle
Médiocrité, comment faites-vous face ?

"Tressauts et syncopes, stop! Je suis quitte!
Un toit me louerai! Suffit, le déluge!"
Comment ça va avec n'importe qui,
Dites, comment, quand on est mon élu ?

Pour sûr plus comestible, domestique,
La table ? Qu'on s'en lasse, faute à qui ?
Comment ça va la vie près d'un pastiche
Pour vous qui trahîtes le Sinaï ?

Comment ça va près d'une d'ici-bas,
D'une si peu vôtre ? Son flanc vous plaît ?
A toute bride Zeus ne fouette pas
Votre front ? La honte vous laisse en paix ?

Comment ça va "vivre", comme va-t-elle
La force d'être ? Et de chanter, la force ?
Pauvret, la blessure de l'immortelle
Conscience, comment y faites-vous face ?

Comment ça va la vie près d'un produit
De pacotille ? Un peu abrupt, le prix ?
Les marbres de Carrare reconduits,
Comment ça va la vie près d'un débris

De plâtre. (Taillé dans la masse même,
- Dieu, sa tête : presque aussitôt détruite!)
Comment ça va avec la cent-millième,
Dites, pour vous qui connûtes Lilith!

L'or de pacotille vous intéresse
Encore ? Las des grâces magiciennes,
Comment ça va auprès d'une terrestre,
C'est comment une femme sans sixième

Sens ? Bon, la tête entre les mains : heureux ?
Non ?
(...)


Marina Tsvétaïéva, Le Ciel Brûle suivi de Tentative de Jalousie

03 novembre 2007

Droit au Cœur - I

SENSATION 9

Où est mon âme ?

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Et toi qui me lis peut-être à l’autre bout du fil arachnéen de la toile, y penses-tu seulement ?

Où est ton âme ?

Cette sphère, dure et noire.
Infime et absolue.
Dense et pure.

Te soucies-tu de la nourrir, la polir, la chérir ?

Ou bien l’oublies-tu négligemment, perdue dans ton corps que tu ne sens plus, qui vit sans que tu y penses, égarée dans le rythme de tes journées où chaque tâche a sa juste place et son juste temps, la durée effective ne devant pas excéder de plus de 15% celle initialement prévue sous peine de vie non calibrée ?

Suite : Droit au Coeur II, III et IV, dans les archives...

27 octobre 2007

Droit Au Cœur - III

SENSATION 11

Tu fais tout cela et plus encore...

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Tu soignes ta coiffure, tu cultives ton look.
Tu assortis tes souliers à ta tenue.
Tu prends garde à ce que les teintes s’accordent harmonieusement entre elles,
tu veux te montrer sous ton meilleur jour.

Tu achètes même des magazines qui t'enseignent ce que c'est que d'être beau cette saison…

21 octobre 2007

Droit Au Cœur - IV

SENSATION 12

Ton âme, de quels soins l’entoures-tu ?
Ton essence-même, comment la traites-tu ?
Avec quelle crème de jour et de nuit luttes-tu contre son affaissement, contre les fatigues du temps qui la taraudent ?
De quel baume l’oins-tu pour lui éviter les gerçures, les crevasses, les failles ?
De quelle étoffe l’entoures-tu pour la protéger des bourrasques les jours de grand vent ?
De quelle ouate la ceins-tu pour lui éviter les meurtrissures ?

L’écoutes-tu ?

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Prends-tu soin de la caresser de mots choisis ?
Lui prodigues-tu l’espace et le temps de rêverie nécessaires à son épanouissement ?
Avec quels murmures la consoles-tu, de quelles mélodies la berces-tu ?
La nourris-tu des voix des sopranes qui élèvent et des mots des poètes qui la polissent ?
Quels chants d’amour et de mort lui chantes-tu pour lui enseigner la puissance de la vie ?

Le cœur de ton être, penses-tu à le traiter avec les égards nécessaires à sa survie ?

ViV

24 juillet 2007

Qui me regarde ?

SENSATION 2

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Ne plus se regarder dans la glace. Oublier tout souci du reflet.

Année solitaire que cette année.
Sur l’ubac, en reflux, en repli dans un antre froid et caverneux.
Tiens, voilà la caverne qui pointe le bout de son nez…

Intense période de dépouillement. Ce qu’il faut perdre pour tenter de se trouver...
Et comment savoir qu’on est arrivé à l’os, là où on touche au sens?
Le sens est ontologique. Le sens doit être découvert.

Mais combien et quelles couches lever pour découvrir l’enfoui ?

ViV

23 juillet 2007

Les Mois en a-

SENSATION 1

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Temps ouvert, béant devant moi et ... ne plus savoir.
Balayés, le goût et l’envie.

Des mois à rien.
Des mois d’asthénie, d’incurie, d’anhédonie.
Des mois en a-.

Quelques moments pourtant de réconciliation avec mes images, avec mes rêves.
Quelques moments où je me découvre moins insensible, anesthésiée.

Paradoxe de celle qui avait initialement la peau si fine qu’elle a dû lutter pour se tanner le cuir.
Une fois la carapace forgée, que faire quand plus rien ne passe, quand plus rien ne traverse, ne parvient jusqu’à elle ?

La libellule s’est-elle définitivement muée en rhinocéros ?

Comme s’il n’y avait plus de compas intérieur.
Plus de direction à suivre. Plus de ‘bon sens’.

Il faut attendre.
L’apprivoiser.
S’apprivoiser.