22 juillet 2008
Aleph
EMOTION 7
J’ai vu « le lieu où se trouvent, sans se confondre, tous les lieux de l’univers (...). »

J’ai vu la particule qui n’a plus de matière et que l’on nomme poussière,
j’ai vu Marie en sa petite robe de fête,
j’ai vu l’horizon déchiqueté dans les crocs des vautours,
j’ai vu le pourpre ruisseler du cœur de la cicatrice,
j’ai vu la puissance et la gloire,
j’ai vu la douceur de ton con,
j’ai vu la foudre originelle,
j’ai vu la pulpe de mes dents,
j’ai vu le camélia éclore dans les décombres.
J’ai vu notre enfant qui ne naîtra pas,
j’ai vu la sève palpiter en chaque chose,
j’ai vu le bourreau ficher sa hache dans ma nuque,
j’ai vu les viscères nacrées du frère sans sépulture,
j’ai vu la vierge en son bûcher,
j’ai vu leurs ongles dans les murs.
J’ai vu Franz arracher une à une les pattes des libellules,
j’ai vu l’or de l’ignorant,
j’ai vu la perle de sang au museau de la musaraigne,
j’ai vu le sang des victimes désaltérer la terre trop aride,
j’ai vu la proie équarrir le prédateur.
J’ai vu le cristal de ton rire empoisonner mon sang,
j’ai vu le silence des ancêtres,
j’ai vu la mère étrangler ses enfants,
j’ai vu hennir les ouragans,
j’ai vu la procession appliquée des fourmis.
J’ai vu l’ordre dans le néant,
j’ai vu la mélancolie des pierres.
J’ai vu le crépuscule des Dieux.
J’ai vu l’aurore aux doigts de fées.
Je vois la mort me sourire de son infinie tendresse.
ViV
Citation initiale extraite de L'Aleph de Jorge Luis Borges
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21 mars 2008
Message Personnel
Au bout du téléphone, il y a votre voix
Et il y a des mots que je ne dirai pas
Tous ces mots qui font peur quand ils ne font pas rire
Qui sont dans trop de films, de chansons et de livres
Je voudrais vous les dire
Et je voudrais les vivre
Je ne le ferai pas,
Je veux, je ne peux pas
Je suis seule à crever, et je sais où vous êtes
J'arrive, attendez-moi, nous allons nous connaître
Préparez votre temps, pour vous j'ai tout le mien
Je voudrais arriver, je reste, je me déteste
Je n'arriverai pas,
Je veux, je ne peux pas
Je devrais vous parler,
Je devrais arriver
Ou je devrais dormir
J'ai peur que tu sois sourd
J'ai peur que tu sois lâche
J'ai peur d'être indiscrète
Je ne peux pas vous dire que je t'aime peut-être

Mais si tu crois un jour que tu m'aimes
Ne crois pas que tes souvenirs me gênent
Et cours, cours jusqu'à perdre haleine
Viens me retrouver
Si tu crois un jour que tu m'aimes
Et si ce jour-là tu as de la peine
A trouver où tous ces chemins te mènent
Viens me retrouver
Si le dégoût de la vie vient en toi
Si la paresse de la vie
S'installe en toi
Pense à moi
Pense à moi
Mais si tu crois un jour que tu m'aimes
Ne le considère pas comme un problème
Et cours, cours jusqu'à perdre haleine
Viens me retrouver
Si tu crois un jour que tu m'aimes
N'attends pas un jour, pas une semaine
Car tu ne sais pas où la vie t'emmène
Viens me retrouver
Si le dégoût de la vie vient en toi
Si la paresse de la vie
S'installe en toi
Pense à moi
Pense à moi.
Mais si tu...
Berger, Hardy
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17 mars 2008
Vivant comme le désir
Cet amour
Si violent
Si fragile
Si tendre
Si désespéré
Cet amour
Beau comme le jour
Et mauvais comme le temps
Quand le temps est mauvais
Cet amour si vrai
Cet amour si beau
Si heureux
Si joyeux
Et si dérisoire
Tremblant de peur comme un enfant dans le noir
Et si sûr de lui
Comme un homme tranquille au millieu de la nuit
Cet amour qui faisait peur aux autres
Qui les faisait parler
Qui les faisait blêmir
Cet amour guetté
Parce que nous le guettions
Traqué blessé piétiné achevé nié oublié
Parce que nous l’avons traqué blessé piétiné achevé nié oublié
Cet amour tout entier
Si vivant encore
Et tout ensoleillé
C’est le tien
C’est le mien
Celui qui a été
Cette chose toujours nouvelle
Et qui n’a pas changé
Aussi vraie qu’une plante
Aussi tremblante qu’un oiseau
Aussi chaude aussi vivante que l’été
Nous pouvons tous les deux
Aller et revenir
Nous pouvons oublier
Et puis nous rendormir
Nous réveiller souffrir vieillir
Nous endormir encore
Rêver à la mort,
Nous éveiller sourire et rire
Et rajeunir
Notre amour reste là
Têtu comme une bourrique
Vivant comme le désir
Cruel comme la mémoire
Bête comme les regrets
Tendre comme le souvenir
Froid comme le marbre
Beau comme le jour
Fragile comme un enfant
Il nous regarde en souriant
Et il nous parle sans rien dire
Et moi je l’écoute en tremblant
Et je crie
Je crie pour toi
Je crie pour moi
Je te supplie
Pour toi pour moi et pour tous ceux qui s’aiment
Et qui se sont aimés
Oui je lui crie
Pour toi pour moi et pour tous les autres
Que je ne connais pas
Reste là
Lá où tu es
Lá où tu étais autrefois
Reste là
Ne bouge pas
Ne t’en va pas
Nous qui sommes aimés
Nous t’avons oublié
Toi ne nous oublie pas
Nous n’avions que toi sur la terre
Ne nous laisse pas devenir froids
Beaucoup plus loin toujours
Et n’importe où
Donne-nous signe de vie
Beaucoup plus tard au coin d’un bois
Dans la forêt de la mémoire
Surgis soudain
Tends-nous la main
Et sauve-nous.
Jacques Prévert, Paroles
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03 mars 2008
Je Suis Comme Je Suis
Je suis comme je suis
Je suis faite comme ça
Quand j’ai envie de rire
Oui je ris aux éclats
J’aime celui qui m'aime
Est-ce ma faute à moi
Si ce n’est pas le même
Que j’aime chaque fois
Je suis comme je suis
Je suis faite comme ça
Que voulez-vous de plus
Que voulez-vous de moi
Je suis faite pour plaire
Et n’y puis rien changer
Mes talons sont trop hauts
Ma taille trop cambrée
Mes seins beaucoup trop durs
Et mes yeux trop cernés
Et puis après
Qu’est-ce que ça peut vous faire
Je suis comme je suis
Je plais à qui je plais
Qu’est-ce que ça peut vous faire
Ce qui m’est arrivé
Oui j’ai aimé quelqu’un
Oui quelqu’un m’a aimé
Comme les enfants qui s’aiment
Simplement savent aimer
Aimer aimer...
Pourquoi me questionner
Je suis là pour vous plaire
Et n’y puis rien changer.
Jacques Prévert, Paroles
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29 février 2008
Les Absences d'Aphrodite
EMOTION 7
« Mon amour pour toi s’est endormi. »
A quoi ça ressemble, ça ?
Un amour à contretemps qui entre en hibernation quand l’été approche ?
Un amour plantigrade qui, au bout de quelques mois à peine, et encore par intermittence, flanche et, fatigué plus que de raison, a besoin d’une bonne sieste ?
Un amour de pacotille, un amour dont l’éclat factice ternit dès après la transaction ?
Un amour-verroterie, un amour faux-monnayeur,
composé pour berner l'indigène innocente, trop crédule ?
Un amour de peu de foi, un amour sans panache, un amour qui a ses vapeurs ?
Un amour lâche, un amour qui tente de s’éclipser sans faire bruit, sans se faire remarquer,
comme on quitte le bal par la petite porte ?

Et lui, à quoi pensait-il ?
Qu’il y avait peut-être une chance de cette façon qu’elle ne comprenne pas ?
Ou bien « je ne t’aime plus », c’était juste trop simple, trop cru ?
Qu’il était de bon ton, eu égard à son jeune âge, de la ménager, d’employer une formule édulcorée ?
Il se croyait malin, créatif,
il tentait de créer l’aspartame de la rupture,
celui qu’on peut ingérer sans risque,
celui qui ne laisse pas de trace,
celui qu’on consomme et qui ne pèse pas,
celui dont le corps ne garde aucune mémoire ?
« Mon amour pour toi s’est endormi. »
C’était insultant, humiliant.
C’était injuste.
Elle était furieuse, en colère, hors d’elle.
Elle tremblait.
Elle avait la chair de poule.
Elle avait froid en plein soleil.
Elle était seule au monde.
ViV
Tableau : Ophélie (1852 - Tate Gallery - Londres) par John Everett Millais (1829 - 1896)
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21 février 2008
La Folle Allure
« Nous sommes dans cette vie jetés les uns contre les autres. »
Christian BOBIN
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14 février 2008
Flamme
EMOTION 5
Que sommes-nous quand nous ne sommes plus là ?
Que sommes-nous quand nous ne sommes plus dans la vie de l’autre ?
Quand nous avons cessé de nous voir, de nous parler, de nous écrire, de converser, de dialoguer ?
Toutes choses qui se forgent à deux.

Quand nous n’est plus.
Quand nous a laissé la place à toi tout seul,
à moi portant ton silence.
Quand j’en viens à douter que nous ait jamais eu
une existence véritable.
Que suis-je quand je ne suis plus dans ta vie ?
Quelle vie continuons-nous de vivre
dans la vie de ceux que nous avons croisés ?
Quand nous ne sommes plus qu’une idée,
quelle idée sommes-nous ?
Quand je ne suis plus qu’une idée,
quelle idée suis-je ?
Quand je suis ton idée, quelle idée suis-je ?
Trop pâle, trop évanescente, trop discrète,
trop pudique.
A peine entraperçue, toute substance perdue.
Dissoute, disparue, fondue, évaporée.
Absence.
Ou braise rougeoyante, farouche ?
Peu, si peu, bien peu et pourtant vérité de la flamme.
Simple prémisse du vrai feu de joie.
ViV
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04 février 2008
Chanson de Prévert

Ce n'est pas moi qui chante
C'est les fleurs que j'ai vues
Ce n'est pas moi qui rit
C'est le vin que j'ai bu
Ce n'est pas moi qui pleure
C'est mon amour perdu
Jacques Prévert
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16 janvier 2008
Glass Splinter
“Have you ever been in love? Horrible isn't it? It makes you so vulnerable.
It opens your chest and it opens up your heart and it means that someone can get inside you and mess you up.

You build up all these defenses, you build up a whole suit of armor, so that nothing can hurt you, then one stupid person, no different from any other stupid person, wanders into your stupid life...You give them a piece of you.
They didn't ask for it. They did something dumb one day, like kiss you or smile at you, and then your life isn't your own anymore.
Love takes hostages. It gets inside you.
It eats you out and leaves you crying in the darkness, so simple a phrase like 'maybe we should be just friends' turns into a glass splinter working its way into your heart.
It hurts. Not just in the imagination. Not just in the mind.
It's a soul-hurt, a real gets-inside-you-and-rips-you-apart pain.
I hate love.”
Neil Gaiman
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07 janvier 2008
Pulpe
SENSATION 14
Dimanche Soir. Quai de métropolitain. Sous-terrain et déserté.
Une rose pourpre.
A l'incarnat cérémonieux, ourlé du velours bleuté des apparats de la nuit.
Pétales veinés, denses et profonds. Charnus.
Invitante et dangereuse.
Végétale cannibale.
Sève. Sang.
Tige longue, nue. Sans aucune épine.
Animal dompté, à la sauvagerie trafiquée pour le service des hommes.
Félin génétiquement dégriffé.
Fleur de déclaration, de genou en terre et de gants couleur beurre frais.
Qui dissimule, mais qui s'offre.
Un don qui est demande, appel.
Exigence de réponse.
Fleur de grands sentiments.

Lui.
Chevaleresque et transi. Glacé d'attente.
Eperdu. Perdu.
A terre sur le ballast.
A deux doigts des rails.
"Parler d'amour au bord du gouffre".
ViV
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