22 juillet 2008

Aleph

EMOTION 7

J’ai vu « le lieu où se trouvent, sans se confondre, tous les lieux de l’univers (...). »
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J’ai vu la particule qui n’a plus de matière et que l’on nomme poussière,
j’ai vu Marie en sa petite robe de fête,
j’ai vu l’horizon déchiqueté dans les crocs des vautours,
j’ai vu le pourpre ruisseler du cœur de la cicatrice,
j’ai vu la puissance et la gloire,
j’ai vu la douceur de ton con,
j’ai vu la foudre originelle,
j’ai vu la pulpe de mes dents,
j’ai vu le camélia éclore dans les décombres.
J’ai vu notre enfant qui ne naîtra pas,
j’ai vu la sève palpiter en chaque chose,
j’ai vu le bourreau ficher sa hache dans ma nuque,
j’ai vu les viscères nacrées du frère sans sépulture,
j’ai vu la vierge en son bûcher,
j’ai vu leurs ongles dans les murs.
J’ai vu Franz arracher une à une les pattes des libellules,
j’ai vu l’or de l’ignorant,
j’ai vu la perle de sang au museau de la musaraigne,
j’ai vu le sang des victimes désaltérer la terre trop aride,
j’ai vu la proie équarrir le prédateur.
J’ai vu le cristal de ton rire empoisonner mon sang,
j’ai vu le silence des ancêtres,
j’ai vu la mère étrangler ses enfants,
j’ai vu hennir les ouragans,
j’ai vu la procession appliquée des fourmis.
J’ai vu l’ordre dans le néant,
j’ai vu la mélancolie des pierres.
J’ai vu le crépuscule des Dieux.
J’ai vu l’aurore aux doigts de fées.

Je vois la mort me sourire de son infinie tendresse.

ViV

Citation initiale extraite de L'Aleph de Jorge Luis Borges

11 mars 2008

L'Enfant de la Haute Mer

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L’Enfant de la Haute Mer apparaît à la surface des flots,
seule habitante d’un village désert,
lorsque nul cargo ne vogue à l’horizon.

Nul ne peut l’apercevoir et bien qu’elle soit
« un être doué de toute la sensibilité humaine, [elle ne peut ni] vivre ni mourir ni aimer, et souffre pourtant comme si [elle] vivait, aimait et se trouvait toujours sur le point de mourir (…). »

Livre : L’Enfant de la Haute Mer (1931) par Jules Supervielle (1884 - 1960)

29 février 2008

Les Absences d'Aphrodite

EMOTION 7

« Mon amour pour toi s’est endormi. »

A quoi ça ressemble, ça ?
Un amour à contretemps qui entre en hibernation quand l’été approche ?
Un amour plantigrade qui, au bout de quelques mois à peine, et encore par intermittence, flanche et, fatigué plus que de raison, a besoin d’une bonne sieste ?
Un amour de pacotille, un amour dont l’éclat factice ternit dès après la transaction ?
Un amour-verroterie, un amour faux-monnayeur,
composé pour berner l'indigène innocente, trop crédule ?
Un amour de peu de foi, un amour sans panache, un amour qui a ses vapeurs ?
Un amour lâche, un amour qui tente de s’éclipser sans faire bruit, sans se faire remarquer,
comme on quitte le bal par la petite porte ?

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Et lui, à quoi pensait-il ?
Qu’il y avait peut-être une chance de cette façon qu’elle ne comprenne pas ?
Ou bien « je ne t’aime plus », c’était juste trop simple, trop cru ?
Qu’il était de bon ton, eu égard à son jeune âge, de la ménager, d’employer une formule édulcorée ?
Il se croyait malin, créatif,
il tentait de créer l’aspartame de la rupture,
celui qu’on peut ingérer sans risque,
celui qui ne laisse pas de trace,
celui qu’on consomme et qui ne pèse pas,
celui dont le corps ne garde aucune mémoire ?

« Mon amour pour toi s’est endormi. »

C’était insultant, humiliant.
C’était injuste.
Elle était furieuse, en colère, hors d’elle.

Elle tremblait.
Elle avait la chair de poule.
Elle avait froid en plein soleil.

Elle était seule au monde.

ViV

Tableau : Ophélie (1852 - Tate Gallery - Londres) par John Everett Millais (1829 - 1896)

25 février 2008

Parce que

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EMOTION 6

Plus tard,
alors qu’elle avait tellement besoin de partager avec lui sa confusion sans s’y autoriser,
il eut cette phrase :
« Tu peux me parler de moi comme si j’étais quelqu'un d’autre. ».

Cela libéra ses mots.

Voilà quel être était cet homme.

ViV

21 février 2008

La Folle Allure

« Nous sommes dans cette vie jetés les uns contre les autres. »

Christian BOBIN

14 février 2008

Flamme

EMOTION 5

Que sommes-nous quand nous ne sommes plus là ?

Que sommes-nous quand nous ne sommes plus dans la vie de l’autre ?
Quand nous avons cessé de nous voir, de nous parler, de nous écrire, de converser, de dialoguer ?
Toutes choses qui se forgent à deux.
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Quand nous n’est plus.
Quand nous a laissé la place à toi tout seul,
à moi portant ton silence.
Quand j’en viens à douter que nous ait jamais eu
une existence véritable.

Que suis-je quand je ne suis plus dans ta vie ?

Quelle vie continuons-nous de vivre
dans la vie de ceux que nous avons croisés ?
Quand nous ne sommes plus qu’une idée,
quelle idée sommes-nous ?
Quand je ne suis plus qu’une idée,
quelle idée suis-je ?
Quand je suis ton idée, quelle idée suis-je ?

Trop pâle, trop évanescente, trop discrète,
trop pudique.
A peine entraperçue, toute substance perdue.
Dissoute, disparue, fondue, évaporée.
Absence.

Ou braise rougeoyante, farouche ?
Peu, si peu, bien peu et pourtant vérité de la flamme.
Simple prémisse du vrai feu de joie.

ViV

16 janvier 2008

Glass Splinter

“Have you ever been in love? Horrible isn't it? It makes you so vulnerable.

It opens your chest and it opens up your heart and it means that someone can get inside you and mess you up.

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You build up all these defenses, you build up a whole suit of armor, so that nothing can hurt you, then one stupid person, no different from any other stupid person, wanders into your stupid life...You give them a piece of you.
They didn't ask for it. They did something dumb one day, like kiss you or smile at you, and then your life isn't your own anymore.

Love takes hostages. It gets inside you.

It eats you out and leaves you crying in the darkness, so simple a phrase like 'maybe we should be just friends' turns into a glass splinter working its way into your heart.

It hurts. Not just in the imagination. Not just in the mind.
It's a soul-hurt, a real gets-inside-you-and-rips-you-apart pain.

I hate love.”

Neil Gaiman

07 janvier 2008

Pulpe

SENSATION 14

Dimanche Soir. Quai de métropolitain. Sous-terrain et déserté.
Une rose pourpre.

A l'incarnat cérémonieux, ourlé du velours bleuté des apparats de la nuit.
Pétales veinés, denses et profonds. Charnus.

Invitante et dangereuse.
Végétale cannibale.
Sève. Sang.

Tige longue, nue. Sans aucune épine.
Animal dompté, à la sauvagerie trafiquée pour le service des hommes.
Félin génétiquement dégriffé.

Fleur de déclaration, de genou en terre et de gants couleur beurre frais.
Qui dissimule, mais qui s'offre.
Un don qui est demande, appel.
Exigence de réponse.

Fleur de grands sentiments.
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Lui.
Chevaleresque et transi. Glacé d'attente.
Eperdu. Perdu.

A terre sur le ballast.
A deux doigts des rails.
"Parler d'amour au bord du gouffre".

ViV

03 décembre 2007

Jean-Luc Lagarce

« Les lieux de l’art nous éloignent de la peur.

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Et quand nous avons moins peur, nous sommes moins mauvais. »

Jean-Luc Lagarce

27 novembre 2007

365 Révolutions

SENSATION 13

Il dit « Prends, ceci est pour toi. »
Il dit « Prends, cela fonctionne. »
Il dit « Sans autre forme de procès. »

Comme si cela allait de soi.
Comme si de lui je désirais encore.
Comme si
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Pourtant cela fait déjà un an.
Douze fois trente unités de rien.
Premier tour de calendrier.
Première douzaine toute ronde, toute pleine
de rendue, d’expulsée, d’abandonnée.

Et oui j’ai besoin

Mais j’ai besoin aussi
De la chaleur de la tiédeur de la douceur
De bras autour de mes épaules,
De rires et de chants à gorge déployée,
De prunelles aux éclats d’or précieux,
De mots chuchotés à ma nuque effleurée,
Du velours de caresses
De peau contre la mienne, tout contre

Et celle-là n’est pas la sienne.

ViV

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