22 juillet 2008
Aleph
EMOTION 7
J’ai vu « le lieu où se trouvent, sans se confondre, tous les lieux de l’univers (...). »

J’ai vu la particule qui n’a plus de matière et que l’on nomme poussière,
j’ai vu Marie en sa petite robe de fête,
j’ai vu l’horizon déchiqueté dans les crocs des vautours,
j’ai vu le pourpre ruisseler du cœur de la cicatrice,
j’ai vu la puissance et la gloire,
j’ai vu la douceur de ton con,
j’ai vu la foudre originelle,
j’ai vu la pulpe de mes dents,
j’ai vu le camélia éclore dans les décombres.
J’ai vu notre enfant qui ne naîtra pas,
j’ai vu la sève palpiter en chaque chose,
j’ai vu le bourreau ficher sa hache dans ma nuque,
j’ai vu les viscères nacrées du frère sans sépulture,
j’ai vu la vierge en son bûcher,
j’ai vu leurs ongles dans les murs.
J’ai vu Franz arracher une à une les pattes des libellules,
j’ai vu l’or de l’ignorant,
j’ai vu la perle de sang au museau de la musaraigne,
j’ai vu le sang des victimes désaltérer la terre trop aride,
j’ai vu la proie équarrir le prédateur.
J’ai vu le cristal de ton rire empoisonner mon sang,
j’ai vu le silence des ancêtres,
j’ai vu la mère étrangler ses enfants,
j’ai vu hennir les ouragans,
j’ai vu la procession appliquée des fourmis.
J’ai vu l’ordre dans le néant,
j’ai vu la mélancolie des pierres.
J’ai vu le crépuscule des Dieux.
J’ai vu l’aurore aux doigts de fées.
Je vois la mort me sourire de son infinie tendresse.
ViV
Citation initiale extraite de L'Aleph de Jorge Luis Borges
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05 avril 2008
Tentative de Jalousie
Comment ça va la vie avec une autre,
Plus simple n'est-ce pas ? - Rames, claquez!
S'est-il vite, le profil de la côte,
Le souvenir, s'est-il vite masqué.
De moi, de moi, île désamarrée ?
(Voguant de par le ciel, non sur les flots!)
Ames! Jamais amantes ne serez!
Sœurs vous serez! Sœurs : vous! C'est votre lot!
Comment ça va la vie près d'une femme
Simple ? C'est comment sans divinités ?
Votre souveraine, prince profane,
Détrônâtes (ledit trône quitté),
Comment ça va la vie, les froissis d'ailes,
Les tracas ? Le lever, comment se passe ?
Pauvre créditaire de l'immortelle
Médiocrité, comment faites-vous face ?
"Tressauts et syncopes, stop! Je suis quitte!
Un toit me louerai! Suffit, le déluge!"
Comment ça va avec n'importe qui,
Dites, comment, quand on est mon élu ?
Pour sûr plus comestible, domestique,
La table ? Qu'on s'en lasse, faute à qui ?
Comment ça va la vie près d'un pastiche
Pour vous qui trahîtes le Sinaï ?
Comment ça va près d'une d'ici-bas,
D'une si peu vôtre ? Son flanc vous plaît ?
A toute bride Zeus ne fouette pas
Votre front ? La honte vous laisse en paix ?
Comment ça va "vivre", comme va-t-elle
La force d'être ? Et de chanter, la force ?
Pauvret, la blessure de l'immortelle
Conscience, comment y faites-vous face ?
Comment ça va la vie près d'un produit
De pacotille ? Un peu abrupt, le prix ?
Les marbres de Carrare reconduits,
Comment ça va la vie près d'un débris
De plâtre. (Taillé dans la masse même,
- Dieu, sa tête : presque aussitôt détruite!)
Comment ça va avec la cent-millième,
Dites, pour vous qui connûtes Lilith!
L'or de pacotille vous intéresse
Encore ? Las des grâces magiciennes,
Comment ça va auprès d'une terrestre,
C'est comment une femme sans sixième
Sens ? Bon, la tête entre les mains : heureux ?
Non ?
(...)
Marina Tsvétaïéva, Le Ciel Brûle suivi de Tentative de Jalousie
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17 mars 2008
Vivant comme le désir
Cet amour
Si violent
Si fragile
Si tendre
Si désespéré
Cet amour
Beau comme le jour
Et mauvais comme le temps
Quand le temps est mauvais
Cet amour si vrai
Cet amour si beau
Si heureux
Si joyeux
Et si dérisoire
Tremblant de peur comme un enfant dans le noir
Et si sûr de lui
Comme un homme tranquille au millieu de la nuit
Cet amour qui faisait peur aux autres
Qui les faisait parler
Qui les faisait blêmir
Cet amour guetté
Parce que nous le guettions
Traqué blessé piétiné achevé nié oublié
Parce que nous l’avons traqué blessé piétiné achevé nié oublié
Cet amour tout entier
Si vivant encore
Et tout ensoleillé
C’est le tien
C’est le mien
Celui qui a été
Cette chose toujours nouvelle
Et qui n’a pas changé
Aussi vraie qu’une plante
Aussi tremblante qu’un oiseau
Aussi chaude aussi vivante que l’été
Nous pouvons tous les deux
Aller et revenir
Nous pouvons oublier
Et puis nous rendormir
Nous réveiller souffrir vieillir
Nous endormir encore
Rêver à la mort,
Nous éveiller sourire et rire
Et rajeunir
Notre amour reste là
Têtu comme une bourrique
Vivant comme le désir
Cruel comme la mémoire
Bête comme les regrets
Tendre comme le souvenir
Froid comme le marbre
Beau comme le jour
Fragile comme un enfant
Il nous regarde en souriant
Et il nous parle sans rien dire
Et moi je l’écoute en tremblant
Et je crie
Je crie pour toi
Je crie pour moi
Je te supplie
Pour toi pour moi et pour tous ceux qui s’aiment
Et qui se sont aimés
Oui je lui crie
Pour toi pour moi et pour tous les autres
Que je ne connais pas
Reste là
Lá où tu es
Lá où tu étais autrefois
Reste là
Ne bouge pas
Ne t’en va pas
Nous qui sommes aimés
Nous t’avons oublié
Toi ne nous oublie pas
Nous n’avions que toi sur la terre
Ne nous laisse pas devenir froids
Beaucoup plus loin toujours
Et n’importe où
Donne-nous signe de vie
Beaucoup plus tard au coin d’un bois
Dans la forêt de la mémoire
Surgis soudain
Tends-nous la main
Et sauve-nous.
Jacques Prévert, Paroles
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03 mars 2008
Je Suis Comme Je Suis
Je suis comme je suis
Je suis faite comme ça
Quand j’ai envie de rire
Oui je ris aux éclats
J’aime celui qui m'aime
Est-ce ma faute à moi
Si ce n’est pas le même
Que j’aime chaque fois
Je suis comme je suis
Je suis faite comme ça
Que voulez-vous de plus
Que voulez-vous de moi
Je suis faite pour plaire
Et n’y puis rien changer
Mes talons sont trop hauts
Ma taille trop cambrée
Mes seins beaucoup trop durs
Et mes yeux trop cernés
Et puis après
Qu’est-ce que ça peut vous faire
Je suis comme je suis
Je plais à qui je plais
Qu’est-ce que ça peut vous faire
Ce qui m’est arrivé
Oui j’ai aimé quelqu’un
Oui quelqu’un m’a aimé
Comme les enfants qui s’aiment
Simplement savent aimer
Aimer aimer...
Pourquoi me questionner
Je suis là pour vous plaire
Et n’y puis rien changer.
Jacques Prévert, Paroles
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04 février 2008
Chanson de Prévert

Ce n'est pas moi qui chante
C'est les fleurs que j'ai vues
Ce n'est pas moi qui rit
C'est le vin que j'ai bu
Ce n'est pas moi qui pleure
C'est mon amour perdu
Jacques Prévert
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07 août 2007
Isis

EMOTION 2
Il improvise, elle humanise
Il ironise, elle solennise
Il hypnotise, elle opalise
Il autorise, elle fragilise
Il érotise, elle fleurdelise
Il culpabilise, elle poétise
Il paralyse, elle prophétise
Il tétanise, elle rebaptise
Il agonise, elle exorcise
Il agonise, elle exorcise
Il agonise, elle exorcise
Il agonise, elle exorcise.
Il cicatrise, elle immortalise
Il fraternise, elle sacralise
Il harmonise, elle divinise.
"Traverseras-tu le Styx pour me sauver ?"
ViV
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