07 octobre 2008
Déclic
SENSATION 15
Je marche seule sur le trottoir.
La nuit.
C’est la nuit parce que c’est l’hiver.
Pas la nuit parce qu’il est tard.
Le début du soir, vraiment. L’heure de passer à table en famille.
Dans quelques mois, il y aura du soleil à cette heure-là.
Pourtant, aujourd’hui, nuit noire.

Un claquement. Un déclic. Un feulement de métal.
Et comme un écho, encore une fois. Exactement la même succession sonore.
Ce ne sont pas les bruits habituels de la ville, de cette rue, à l’angle de celle où j’habite.
Rien de connu.
Rien de familier.
Rien d’identifiable.
Dois-je me retourner ou serait-ce montrer de façon trop flagrante une inquiétude, donc ma faiblesse ?
Je ne vois rien.
Rien devant, dans la rue ouverte. Rien en face, de l’autre côté.
Et plus j’avance, plus la part invisible dans mon dos grandit.
Et puis, à la lisière de l’œil, un mouvement.
Sur le trottoir d’en face justement.
Une femme, petite, cheveux grisonnant, parka bordeaux et pantalon noir.
Elle file vite, droit. Etrangement stable et comme immobile.
Juste derrière elle, un homme, haut, cheveux blancs, parka rouge et pantalon noir.
Il file vite, droit. Etrangement stable et comme immobile.
Ils ont tous deux la même posture, portent les mêmes couleurs.
Tels des flamands roses, ils sont sur un pied, une unique jambe dressée qui les porte chacun.
L’autre est repliée à l’arrière, posée.
Déjà ils sont à ma hauteur.
Ils me dépassent.
Ils avancent bien plus vite que moi.
Sur leur trottinette.
ViV
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14 février 2008
Flamme
EMOTION 5
Que sommes-nous quand nous ne sommes plus là ?
Que sommes-nous quand nous ne sommes plus dans la vie de l’autre ?
Quand nous avons cessé de nous voir, de nous parler, de nous écrire, de converser, de dialoguer ?
Toutes choses qui se forgent à deux.

Quand nous n’est plus.
Quand nous a laissé la place à toi tout seul,
à moi portant ton silence.
Quand j’en viens à douter que nous ait jamais eu
une existence véritable.
Que suis-je quand je ne suis plus dans ta vie ?
Quelle vie continuons-nous de vivre
dans la vie de ceux que nous avons croisés ?
Quand nous ne sommes plus qu’une idée,
quelle idée sommes-nous ?
Quand je ne suis plus qu’une idée,
quelle idée suis-je ?
Quand je suis ton idée, quelle idée suis-je ?
Trop pâle, trop évanescente, trop discrète,
trop pudique.
A peine entraperçue, toute substance perdue.
Dissoute, disparue, fondue, évaporée.
Absence.
Ou braise rougeoyante, farouche ?
Peu, si peu, bien peu et pourtant vérité de la flamme.
Simple prémisse du vrai feu de joie.
ViV
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07 janvier 2008
Pulpe
SENSATION 14
Dimanche Soir. Quai de métropolitain. Sous-terrain et déserté.
Une rose pourpre.
A l'incarnat cérémonieux, ourlé du velours bleuté des apparats de la nuit.
Pétales veinés, denses et profonds. Charnus.
Invitante et dangereuse.
Végétale cannibale.
Sève. Sang.
Tige longue, nue. Sans aucune épine.
Animal dompté, à la sauvagerie trafiquée pour le service des hommes.
Félin génétiquement dégriffé.
Fleur de déclaration, de genou en terre et de gants couleur beurre frais.
Qui dissimule, mais qui s'offre.
Un don qui est demande, appel.
Exigence de réponse.
Fleur de grands sentiments.

Lui.
Chevaleresque et transi. Glacé d'attente.
Eperdu. Perdu.
A terre sur le ballast.
A deux doigts des rails.
"Parler d'amour au bord du gouffre".
ViV
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03 novembre 2007
Droit au Cœur - I
SENSATION 9
Où est mon âme ?

Et toi qui me lis peut-être à l’autre bout du fil arachnéen de la toile, y penses-tu seulement ?
Où est ton âme ?
Cette sphère, dure et noire.
Infime et absolue.
Dense et pure.
Te soucies-tu de la nourrir, la polir, la chérir ?
Ou bien l’oublies-tu négligemment, perdue dans ton corps que tu ne sens plus, qui vit sans que tu y penses, égarée dans le rythme de tes journées où chaque tâche a sa juste place et son juste temps, la durée effective ne devant pas excéder de plus de 15% celle initialement prévue sous peine de vie non calibrée ?
Suite : Droit au Coeur II, III et IV, dans les archives...
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29 octobre 2007
Droit Au Cœur - II
SENSATION 10
Tu pratiques régulièrement des soins corporels.
Tu les répètes sans te questionner sur leur absolue quotidienneté.
Tu manges plusieurs fois par jour.
Tu laves ton corps chaque matin avec un souci particulier adapté à chacune de ses parties.

Tu laves tes dents avec une petite brosse - peut-être même as-tu choisi celle avec des poils inclinés qui traque le tartre dans le moindre interstice – et avec une pâte sortie d’un tube qui te promet tout à la fois la lutte prolongée contre les bactéries, l’haleine fraîche durant des heures et la blancheur de l’émail.
Tu laves ta peau avec un gel moussant qui en assure propreté et protection, dégage des senteurs calibrées par l’industrie cosmétique t’offrant un gage d’exotisme de salle de bain sans agresser le film lipidique et les défenses naturelles de ton épiderme.
Tu n’oublies jamais de bien sécher l’eau entre tes orteils sans quoi la peau fine s’y dessècherait.
Gare aux attaques dans les replis de ton corps.
Suite : Droit au Coeur III et IV, dans les archives...
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27 octobre 2007
Droit Au Cœur - III
SENSATION 11
Tu fais tout cela et plus encore...
Tu soignes ta coiffure, tu cultives ton look.
Tu assortis tes souliers à ta tenue.
Tu prends garde à ce que les teintes s’accordent harmonieusement entre elles,
tu veux te montrer sous ton meilleur jour.
Tu achètes même des magazines qui t'enseignent ce que c'est que d'être beau cette saison…
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21 octobre 2007
Droit Au Cœur - IV
SENSATION 12
Ton âme, de quels soins l’entoures-tu ?
Ton essence-même, comment la traites-tu ?
Avec quelle crème de jour et de nuit luttes-tu contre son affaissement, contre les fatigues du temps qui la taraudent ?
De quel baume l’oins-tu pour lui éviter les gerçures, les crevasses, les failles ?
De quelle étoffe l’entoures-tu pour la protéger des bourrasques les jours de grand vent ?
De quelle ouate la ceins-tu pour lui éviter les meurtrissures ?
L’écoutes-tu ?

Prends-tu soin de la caresser de mots choisis ?
Lui prodigues-tu l’espace et le temps de rêverie nécessaires à son épanouissement ?
Avec quels murmures la consoles-tu, de quelles mélodies la berces-tu ?
La nourris-tu des voix des sopranes qui élèvent et des mots des poètes qui la polissent ?
Quels chants d’amour et de mort lui chantes-tu pour lui enseigner la puissance de la vie ?
Le cœur de ton être, penses-tu à le traiter avec les égards nécessaires à sa survie ?
ViV
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28 septembre 2007
Vertiges Ascensionnels
SENSATION 8
Ceux qui sont seuls, vers qui marchent-ils ?
Le savent-ils seulement ?

Je pense à fondre, je pense à me dissoudre.
Ma peau est devenue si fine et plus personne ne me voit.
Je suis déjà invisible.
Je sors comme on a rendez-vous.
Je sais qu’il ne faut pas regarder les visages.
Mais moi, je regarde.
Je suis là pour être reconnue.
Pour que quelqu'un sorte de la foule et vienne vers moi.
Je marche lent. Pour lui laisser le temps de se détacher des autres.
Pour qu’il me reconnaisse.
Celui que je sais déjà.
ViV
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17 septembre 2007
Résonance Magnétique
SENSATION 7
Pudeur. Impudeur.
Cacher. Masquer. Tenir.
Retenir.
Préserver. Garder. Sauvegarder.
Souvenir. Epargner. Tenir.
Grappiller.
Laisser aller. Lâcher. Fuir.
Montrer. Déchirer. Dépouiller.
Détailler. Cisailler. Dépecer.
Disséquer. Autopsier.
Savoir. Livrer. Délivrer.
Secret. Réservé. Enfoui.
Dentelé. Esquissé.
Douter. Redouter
Savoir. Livrer. Cracher.
Empoisonner.
Ce que je ne sais pas te dire, l’offrir.
Le livrer en pâture.
L’arracher.
M'écarteler.
Lendemain de rien.
Béant.
Ce qui est à moi.
Ce que je ne laisserai pas.
Défendre. Combattre.
Pied à pied.
Bec et ongle.
Territoire.
Tenir.
Citadelle. Tranchée. Forteresse.
Encerclée. Assiégée. Défendue. Livrée.
Ne rien laisser. Emporter.
Ouvrir. Emplir.
Disperser.
Eparpiller.
Oublier
ViV
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01 septembre 2007
Marche au bord de mes larmes
SENSATION 6
Vous savez, je ne sais pas si je peux revenir. Parmi vous.
Partie. Je suis loin.
J’observe. Je suis seule. Seule.
J’ai oublié la langue des autres humains. Je ne sais plus vous parler.
Il me reste les mots, tous les mots. Mais je les aime pour eux désormais.
Je ne les utilise plus, ils ne sont plus un vecteur, un outil qu’on manipule complaisamment,
sans y penser, pour être efficace, juste parce qu’on le peut.
Je ne les polis plus pour les mettre dans ma bouche.
Je les tisse pour les frapper, je les libère pour la pointe sèche du critérium,
je les arme pour le clavier de l’ordinateur.
Les mots de moi.
Ils m’emmènent.
Ils me coulent, ils m’enroulent, ils me mangent.
Je suis loin.
Parfois, je pense encore qu’il me faut revenir.
Mais cette vie, cette vie agitée,
cette vie, je sais trop le goût qu’elle a.
Cette vie parmi vous tous, je n’y tiens plus.
Je souffre d’être hors de vous.
Je souffre mais cela est juste.
Enfermée dehors, je suis.
En vérité, ce n’est pas nouveau.
Ainsi suis-je née.
Tout le reste,
toutes ces années n’étaient que faux-semblants.
Assez donné le change, je n’ai plus de pièces.
Plus rien à troquer. Plus rien à monnayer.
Plus d’échange. Je suis fauchée.
Parfois on sonne à la porte.
Je sais que ce n’est pas pour moi.
Je ne réponds pas.
Je n’y suis pas.
Je n’y suis plus.
ViV
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